Période Paysage


2025 

Présents au bord des routes, ces amas de récoltes se couvrent, se protègent, se transforment en micro-paysages cycliques. Drapées, plissées ou tendues, les toiles font naître des reliefs mouvants : la surface agricole se dédouble, devient montagne, draperie ou strate rocheuse, comme si les plis ouvraient soudain une géologie inédite.

Ces plis rejoignent une pensée baroque : le monde comme un tissu infini de courbes où matière et lumière se rencontrent et se métamorphosent. Chaque pli capte une temporalité, reflète une clarté, abrite la récolte et invente une forme. Ils déploient un langage entre protection et apparition, inscrivant dans le paysage la mémoire du geste humain et la puissance d’un travail collectif.

Dans ces cycles de recouvrement et de dévoilement, les bâches redoublent le sol, transformant la surface agricole en une topologie du sensible. Le pli devient un opérateur du sublime, un lieu de tension entre ce qui se couvre et se révèle, entre fonction et fiction.

Dans ces étendues travaillées, une force s’élève, traversée d’une fragilité : celle des sols qui s’épuisent, des corps qui se fatiguent, des gestes transmis malgré tout. Le sublime quotidien devient un sublime habité, né non de la démesure mais de la constance, de l’effort et de la fragilité.

Ainsi, dans le paysage agricole, le sublime ne s’élève plus vers l’infini : il s’enfouit dans la terre. Il s’y replie.